Panama – plaque tournante du monde

Laisser sa pirogue voguer à travers la jungle, danser la salsa sur une terrasse en attique et observer le va-et-vient sur la deuxième voie navigable du monde de par son importance. Voilà qui est possible, à Panama, et en l’espace de 24 heures. Un voyage organisé par Kuoni au pays des contrastes.

D’une main, je tiens fermement mon appareil photo, de l’autre je me cramponne à une branche pour ne pas glisser pieds nus dans la boue. Tandis que j’avance d’un pas hésitant, Guillermo se faufile vers la berge, à l’aise comme un écureuil dans les arbres. «Nous y sommes presque», dit-il. Le parc national de Chagres offre un contraste saisissant avec Panama City, ses gratte-ciels pâles comme des billets de dollars, avec leurs piscines et bars en attique, ses colonnes de véhicules qui grondent à travers les rues aux heures de pointe. Là, dans cette réserve naturelle, on découvre des arbres grands comme des dinosaures, on hume les doux effluves des orchidées Coryanthes et on observe des papillons aux immenses ailes bleu-azur virevolter tels mille points irisés.

De nos jours, le canal de Panama a transformé le pays en plaque tournante mondiale.

Sur les traces des Indiens Embera

Nous grimpons sur la berge et rejoignons Guillermo. Il appartient à la tribu des Indiens Embera, la seule parmi les 7 tribus indigènes de Panama à accueillir des touristes. Soudain, nous percevons un cri dans la luxuriante végétation qui nous entoure. À une douzaine de mètres au-dessus de nos têtes, des capucins se balancent sur une branche. «Ils sont curieux et nous observent», explique Guillermo. Nous le suivons toujours plus loin dans la jungle, sur un sol composé de terre humide, de cailloux acérés et de mousse souple. Derrière une corniche, un eldorado se dévoile à nos yeux: comme sortie de nulle part, une cascade scintillante se déverse dans un bassin naturel. J’adorerais m’y baigner, mais notre guide veut regagner la rive du fleuve et présenter son village à notre groupe avant que la pluie ne s’abatte sur nous.

Le Rio Chagres assure une fonction essentielle pour la forêt vierge et la vie des Embera, mais également pour le Panama tout entier.

Nous prenons place dans une pirogue, tandis que Guillermo se place à l’avant, muni d’un bâton lui servant de gouvernail. Son ami Emilio, assis près du moteur, lui fait signe. Peu après, nous voguons à travers un paysage bucolique et enchanteur. Et tandis que je laisse libre cours à mes pensées, je distingue soudain – à bonne distance – une paire d’yeux dépassant de la surface de l’eau. «Un crocodile», nous informe Emilio sur un ton nonchalant.

Río Chagres – le canal de Panama

Le Rio Chagres assure une fonction essentielle pour la forêt vierge et la vie des Embera, mais également pour le Panama tout entier. Voici plusieurs centaines d’années, les conquistadors convoyaient l’or volé au Pérou via le Chagres et l’Atlantique jusqu’en Espagne. Aujourd’hui, le canal de Panama a transformé le pays en plaque tournante mondiale, puisque près de six pour cent du trafic international de marchandises y transite. Entre 2007 et 2016, ce chef-d’œuvre de la technique a été agrandi et devrait à l’avenir rapporter plus de trois milliards de dollars annuels à l’État. À titre de comparaison: avant les transformations, des cargos chargés d’un maximum de 4 400 containers pouvaient passer l’écluse. Aujourd’hui, les bateaux peuvent embarquer jusqu’à 13 000 containers. À l’aide de procédures ultra-modernes, les exploitants du canal règlent la circulation fluviale 24 h/24 h, 365 jours par an. Depuis la terrasse du centre des visiteurs de Miraflores, on peut observer les bateaux transiter de l’Atlantique vers le Pacifique et vice-versa. Vous pourrez également jouir de ce panorama, un délicieux verre de Prosecco à la main, depuis le restaurant en attique.

Le parc national de Chagres offre un contraste saisissant avec Panama City

Préserver culture et tradition

Ici, dans la jungle, à tout juste deux heures de voiture de Panama City, on est définitivement bien loin du tintement des coupes de champagne. Nous atteignons la rive du village de Guillermo, où les femmes nous accueillent. Elles portent des pagnes et des chaquiras, bustiers décorés de perles et de pièces de monnaie qu’elles transmettront un jour à leurs filles. Les femmes nous guident jusqu’à une hutte construite sur pilotis. C’est à ce moment-là que la pluie commence à tomber. Et ce n’est pas une quelconque averse, mais bien une pluie tropicale: brève mais intense, avec des gouttes de la taille d’un poing. Une vision extraordinaire. La jeune Embera Yari nous explique pour quelle raison les toits en feuilles de palmier retiennent si bien la pluie. Le secret réside dans un enfumage soigneusement dosé de l’intérieur, ce que garantissent les activités culinaires. Nous avons la chance de pouvoir éprouver ses talents de cuisinière: un délicieux poisson et des bananes frites nous sont servis dans une feuille de palmier.

De nombreuses traditions des indiens Embera se sont perdues depuis que le statut de parc national a été attribué à la région du Chagres en 1984.

Les Embera essaient par tous les moyens de préserver leur culture. De nombreuses traditions se sont toutefois perdues depuis que le statut de parc national a été attribué à la région du Chagres en 1984 et qu’il n’est plus possible de pêcher et chasser partout. Cela s’observe surtout parmi les jeunes générations, qui ne vivent encore comme leurs ancêtres que durant les week-ends. Les enfants sont scolarisés dans les villages par des enseignants de Panama City, dans toutes les branches sauf l’informatique. «Qui aurait besoin d’un ordinateur en pleine jungle?» plaisante Yari. Elle nous conduit dans la maison communautaire, où les hommes jouent de la musique et exposent leurs créations artisanales. Nous passons de table en table et j’autorise une jeune fille à me peindre un tatouage temporaire. Elle utilise pour cela du jus du jenipapo, qui agit sur la peau comme le henné. Lorsque nous prenons place dans la pirogue, la pluie tropicale reprend. Mon tatouage coule.

Tout est si beau à Panama

Plusieurs heures plus tard, je suis sur la terrasse en attique du Hard Rock Hotel. Dans le ciel, les étoiles scintillent, tandis qu’à mes pieds s’étendent les lumières de la métropole. La vieille ville, el Casco Viejo, avec ses anciennes maisons de maître, coexiste pacifiquement avec les gratte-ciels modernes et souligne les contrastes omniprésents. Le matin, je marchais encore pieds nus dans la jungle, et je tournoie à présent à une hauteur vertigineuse dans mes chaussures de salsa. La voix de la superstar panaméenne Rubén Blades résonne dans les haut-parleurs, les premiers couples se forment sur la piste de danse. Janosch, l’auteur de livres pour enfants, avait raison. Tout est si beau à Panama.

Inspiration pour votre prochain voyage: www.kuoni.ch

Ostojic Magdalena