Avec passion et l’amour du détail

Monika Walser a rejoint de Sede en 2014. Sa principale mission: faire sortir la manufacture de mobilier domiciliée à Klingnau des chiffres rouges et l’aider à retrouver son lustre d’antan. Un défi! Mais Monika Walser l’a pris à bras-le-corps et a retrouvé la voie du succès en l’espace de trois ans. Comment a-t-elle réussi et qu’est-ce qui motive la société aujourd’hui? Monika Walser donne un aperçu de sa stratégie, de la situation actuelle, mais aussi de l’avenir de la manufacture de tradition suisse.

«Ce ne fut pas une tâche facile au printemps 2014. Mais aujourd’hui, quand je regarde en arrière, je suis incroyablement heureuse d’avoir pu relever ce défi et aider la société de Sede à retrouver la place qui lui revient: celle d’une entreprise aux collaborateurs motivés et passionnés, d’une manufacture de tradition riche d’une histoire mouvementée et inoubliable et d’une manufacture innovante à qui l’on doit des inventions révolutionnaires dans le segment des meubles rembourrés», explique Monika Walser, CEO de de Sede.

Retour de la découpe du cuir en Suisse

À peine arrivée, cette Argovienne de 52 ans a pris l’une des décisions les plus importantes et les plus mobilisatrices d’investissements: rapatrier en Suisse la découpe et l’achat du cuir précédemment délocalisés. «Cette décision était indispensable à mes yeux afin de garantir notre standard de qualité suisse élevé et d’économiser des coûts à long terme. Une peau en cuir est pour nous comme un lingot d’or et doit être traitée en conséquence. C’est pourquoi la découpe du cuir est très importante pour la qualité des meubles fabriqués», affirme Monika Walser. Il y a encore trois ans, le centre du cuir était externalisé en Allemagne, pour des «questions» de coûts. Les chutes étaient beaucoup trop nombreuses sur les peaux en cuir de bovin valant jusqu’à 1500 francs. Depuis que le centre du cuir est de retour à Klingnau et travaille avec une nouvelle machine de découpe laser, les chutes ont diminué de moitié. «Cela a d’abord nécessité quelques explications: commencer par acheter une machine coûteuse dans une entreprise qui allait aussi mal. Mais à long terme, l’investissement a été plus que rentable…», confirme Monika Walser.

La décision n’a pas seulement eu de fortes implications en termes d’investissement, elle a également été une épreuve de vérité vis-à-vis des collaborateurs. Les nombreux dirigeants qui se sont succédés à la tête de l’entreprise au cours des années précédentes ont souvent beaucoup parlé, mais n’ont finalement pas fait grand-chose. «Personne ne voulait ni ne pouvait me croire à l’époque que le plan serait véritablement concrétisé. Mais après deux mois, le moment était venu. La machine de découpe laser a été installée. Après quelques essais et réglages, nous avons commencé la découpe et la glace avec les collaborateurs a été rompue en une première étape», se souvient Monika Walser. Et voici le deuxième grand pilier sur lequel elle a misé: les collaborateurs. Les principes de base de la communication de Monika Walser avec les collaborateurs reposent sur la transparence, l’honnêteté et la franchise. «Notamment au début, nous avons multiplié les rencontres. Pas seulement la direction, mais toute l’entreprise – qu’il s’agisse de collaborateurs du service externe ou de tapissiers. Nous avons écouté et pas simplement pris des décisions par-dessus la tête des collaborateurs. Nous avons communiqué directement et en toute franchise sur les aspects positifs, mais aussi négatifs. Cette nouvelle façon de communiquer n’a évidemment pas été bien perçue par tous les collaborateurs, car bon nombre d’entre eux n’étaient pas habitués à cette franchise et ne savaient pas gérer la critique et les discussions qui ont suivi et cela reste encore un problème aujourd’hui. Mais je pense que c’est précisément la base d’une collaboration réussie. Parfois, nous avons des discussions animées lors des réunions et c’est nécessaire, car un dialogue passionné débouche sur de bons arguments qui nous aident à progresser», s’amuse Monika Walser.

Montrer au monde ce qui se passe chez nous

La manufacture de mobilier brille aujourd’hui avec une collection de plus de 90 pièces conçues par des designers: canapés, fauteuils, divans, banquettes, chaises et tables exclusivement produits en Suisse avec un savoir-faire artisanal exceptionnel et beaucoup d’amour du détail. «Nous sommes à deux doigts d’être dans le vert, mais c’est loin de nous suffire. C’est pourquoi nous allons une nouvelle fois revoir tout le fonctionnement de la manufacture avec mon équipe de direction. Notre marque doit non seulement être connue, mais aussi susciter des émotions. Quand on possède un meuble rembourré de Sede, on doit sentir tout ce travail manuel réalisé avec amour. On doit sentir le travail précieux du cuir et la qualité des coutures. On doit voir tout le savoir-faire des designers qui a été nécessaire.

Pour déclencher de telles émotions, nous misons sur deux grandes maximes, ou comme j’aime à le dire deux moitiés de cœur. La première est la manufacture. Elle doit être entretenue et choyée. Notre artisanat se transmet depuis des générations et il restera déterminant à l’avenir. De Sede doit être synonyme de travail manuel et inversement. Ce serait parfait et cela annonce parallèlement la deuxième maxime: nous voulons devenir une société de médias et diffuser notre expérience de marque dans le monde entier. On peut voir notre société de médias comme une grande maison en verre, tout est transparent et peut être expérimenté et observé. Notre maison en verre produit des contenus «non stop» propagés par tous les canaux imaginables: des supports imprimés aux contenus en ligne avec une nouvelle page d’accueil et les médias sociaux jusqu’à des campagnes supplémentaires. Notre objectif consiste à montrer au monde entier ce qui se passe chez nous et à inciter les gens à parler de nous. Comment se présente notre production? Qu’est-ce qui est typiquement de Sede? Comment nos tapissiers exercent-ils leur artisanat? Que se passe-t-il précisément en cet instant? Un compte rendu en direct de notre entreprise serait idéal, tout comme les visites quotidiennes de la manufacture sur place. Pour une mise en œuvre professionnelle de cette nouvelle approche, nous avons engagé un Storyteller qui analyse notre manufacture en détail afin de pouvoir formuler des recommandations en vue d’une mise en œuvre idéale. D’innombrables histoires formidables voient ainsi le jour. L’histoire est notamment une partie importante et passionnante et doit simplement être communiquée, révèle le CEO.

DS-600

Des modèles révolutionnaires

De Sede produit des meubles rembourrés depuis plus de 52 ans. Durant ce demi-siècle, l’entreprise a lancé plus de 500 modèles différents. Parmi ceux-ci figurent des pièces de designers célèbres, comme le DS-600 lancé en 1972 qui fête cette année ses 45 ans. Aujourd’hui encore, ce canapé sans fin est un bestseller et attire immédiatement les regards. Le modèle DS-47 figure également en tête des ventes. Lors de son lancement en 1976, le stand à la foire IMM Cologne a dû être temporairement fermé, tant l’affluence provoquée par ce nouveau modèle était forte. Le DS-47 a non seulement tapé dans le mille, mais était également un précurseur en termes d’innovation. Un cuir Neck d’une épaisseur de 6 mm a été utilisé pour la première fois pour un meuble rembourré. Chaque peau étant unique, il s’agit d’une pièce d’amateur qui confère au meuble une aura rustique et prononcée incomparable. Le développement a été un véritable casse-tête, car une peau en cuir d’une telle épaisseur n’est pas facile à travailler et aucun autre fabricant de meuble n’y était parvenu à cette époque.

DS-47

L’invention du dossier rotatif à 360° par Hugo de Ruiter sur le modèle DS-164 a par ailleurs été révolutionnaire. Lors du développement du produit, de Sede a misé sur l’ADN typique de la marque, mais aussi sur le public visé et ses besoins. Grâce à dossier pouvant pivoter sur 360°, les usages du canapé sont multiples: il permet par exemple de jouir de la vision panoramique par la fenêtre, mais aussi de passer une soirée confortable devant la télévision, disposée de l’autre côté.

DS-164

Jalons d’avenir

Il reste encore bien d’autres modèles et innovations passionnants auxquels le Storyteller redonne vie. Mais il n’y a pas que l’histoire, l’avenir est également prometteur. De nombreux projets qui feront les gros titres sont prévus. Un showroom flambant neuf sera ouvert le 23 septembre à Los Angeles. Il sera géré en partenariat avec la designer suisse Laura Basci. C’est une créatrice de mode talentueuse, qui a commencé sa carrière à Hollywood en faisant la plonge et qui habille désormais des vedettes du cinéma et de la musique lors des défilés sur tapis rouge. «L’ouverture sera une étape importante pour nous. Il n’y a encore jamais eu chez de Sede une collaboration comme avec Laura et cela aura un impact considérable sur notre marché aux États-Unis», explique Monika Walser. Un autre temps fort est prévu le 23 octobre, avec le vernissage de la marque de Sede. «Ce sera pour nous l’une des journées les plus importantes de l’année, car nous réunirons définitivement les deux moitiés de notre cœur, la manufacture et tous les éléments de la société de médias. Nous ne serons évidemment pas encore une société de médias à part entière en l’espace de quelques semaines, mais toutes les fondations auront été posées. Et nous nous réjouissons déjà à l’idée d’enthousiasmer nos clients, revendeurs, partenaires, collaborateurs, amis et le monde entier avec notre stratégie…», précise Monika Walser.

Monika Walser

Cette Argovienne dirige la manufacture de mobilier de Sede AG depuis le 2 avril 2014. Elle a débuté sa formation professionnelle par un apprentissage de couturière en haute couture en Argovie. Elle a suivi différents cursus universitaires, par exemple un master en communication et en éthique et a travaillé pour différentes entreprises, notamment comme dirigeante du fabricant de sacs zurichois Freitag.

 

Melanie Schell