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Inside ASC

L’expérience en leadership tirée du travail  de milice – consignée!

Une fonction de milice dans un exécutif communal apporte une expérience en leadership. 180 conseillers municipaux ont déjà demandé une attestation de ce savoir-faire: l’ASC propose de certifier ces compétences acquises – désormais en partenariat avec l’Association des communes suisses. 

Pour améliorer la notoriété et la valeur du certificat, l’ASC et l’Association des communes suisses ont conclu mi-décembre 2019 un partenariat. Les certificats sont établis depuis 2020 sous les deux noms et logos.  Les deux associations font régulièrement de la publicité sur ce système de certification par le biais de leurs propres canaux, comme les magazines internes, les newsletters, le site Internet ou les congrès spécialisés.  Dans un deuxième temps, des mesures sont prévues (en cas de succès), afin d’améliorer l’ancrage et la numérisation du système de certification.

Par ce certificat, les membres des municipalités reçoivent une confirmation de l’expérience et des compétences  de leadership acquises et qui sont aussi précieuses pour le secteur privé. Le certificat rend les compétences  sur le marché du travail transparentes et manifestes. Parallèlement, il constitue également une reconnaissance pour les services fournis pour le bien de leur commune ou de la société. 


Plus d’informations sur la certification sur: www.cadres.ch/offres/validation-competences/conseiller-communal

Les membres des municipalités acquièrent beaucoup de savoir-faire et une grande expérience du leadership  au cours de leur mandat impliquant d’importantes responsabilités et rendent des services précieux à la politique, à l’économie et à la société. A ce jour, ils n’en retiraient guère de reconnaissance professionnelle. 

L’Association suisse des cadres (ASC) s’engage depuis 2014 pour que le travail des membres des exécutifs  communaux soit davantage reconnu et valorisé au sein de la population et dans le monde des affaires.  Depuis 2015, l’ASC donne la possibilité de certifier les compétences dirigeantes et 180 personnes, principalement des Romands, ont tiré profit de cette offre qui a reçu un bel écho médiatique. 

Le processus de certification consiste en une autoévaluation ainsi qu’un entretien d’évaluation avec un coach professionnel ASC spécialement formé à cet effet.

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L’entière vérité

Dans le cadre de notre travail en tant qu’«Office de l’entière vérité», nous avons demandé quel rôle jouaient la vérité, le mensonge et la confiance dans différents métiers. Un manager nous a opposé une question rhétorique: «Doit-on en fait faire confiance à l’économie?» Il a précisé qu’il était impossible qu’une réunion de CA se «tienne sur le place du marché».

Quand il s’agit de confiance, de transparence et de vérité, les références sont différentes selon les branches professionnelles – ce qui se reflète d’ailleurs aussi dans la perception de la population: elle a particulièrement peu confiance dans les managers. Notre sondage représentatif les répertorie au dernier rang, juste derrière les politiques et les journalistes. Seulement, alors que la population aimerait absolument pouvoir faire davantage confiance à ces derniers, la méfiance envers les managers semble ne pas la perturber.

Et pourtant, ceux-ci seraient bien avisés de ne pas mentir de façon éhontée, d’embellir les chiffres ou de déformer la vérité. Parmi les exemples de mensonges au niveau de la politique, du sport, de l’économie ou de la vie privée, les visiteuses et visiteurs de notre «office» sont particulièrement peu tolérants par rapport aux mensonges économiques. Ils sont tous d’accord: «Ce n’est pas acceptable.»

Notre «Office de l’entière vérité» ne prodigue pas de conseils, il montre la vérité et le mensonge sous un éclairage pluriel et ambivalent, et invite à réfléchir à la relation complexe entre mensonge et vérité. Et c’est même amusant! Tentez l’expérience en cette nouvelle année – notre «office» bien particulier est le lieu idéal pour votre prochaine excursion en famille ou en équipe. Très honnêtement!


Sibylle Lichtensteiger | Texte
Sibylle Lichtensteiger est directrice du Stapferhauses, l’institution culturelle située à la gare de Lenzbourg et qui s’est transformée dans le cadre de l’exposition «FAKE» en «Office de l’entière vérité». L’exposition se poursuit encore jusqu’à fin juin 2020.

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Veux-tu te disputer avec moi?

Le système de milice était autrefois aussi l’«école de la nation»  dans la discipline «écoute mutuelle» – une condition de la  démocratie. Sur le lieu de rencontre «Internet», elle devient  de plus en plus un défi. Diverses initiatives essaient de contrer cette tendance.

Mis à part le fait de participer, les binômes n’ont a priori rien en commun: il est question des participants au projet «La Suisse parle» en automne 2018 – une  tentative de sortir le discours politique des chambres d’écho et des bulles filtrantes des médias sociaux  pour le faire revenir dans notre monde analogique. 

«La Suisse devrait-elle se rapprocher de l’UE?» «Les couples homosexuels doivent-ils pouvoir adopter  des enfants?» 4000 participantes et participants ont commencé par répondre à ces questions politiques  et d’autres, tout aussi polémiques, par «oui» ou «non»; un algorithme a associé alors deux par deux les personnes présentant les opinions les plus divergentes possibles. «The perfect match» pour une discussion politique. 

Qu’est devenue la culture du débat? 
Réunir autour d’une table des personnes étrangères les unes aux autres et dont les opinions politiques  divergent  – aussi simple que cela paraisse, l’initiative «La Suisse parle» traduisait pourtant un besoin  urgent. Car la confrontation est d’autant plus souhaitable lorsque les avis diffèrent. Il en va de même pour la plupart des personnes à l’ère du numérique: le filtrage des informations devient une technique culturelle indispensable, et pas seulement sur le net. Et  le fait que c’est là qu’ont de plus en plus souvent lieu  les débats entraîne des problèmes spécifiques aux plateformes. Ces moments en ligne de participation  politique sont certes adaptés au mode de vie actuel de notre société. Mais l’instrument favorise non seulement les «bulles filtrantes» et les «chambres d’écho», il dégénère aussi souvent en discours haineux et en insultes. 

En Suisse, Tamara Funicello est bien placée pour le  savoir. L’ancienne présidente de la Jeunesse Socialiste a été la cible de commentaires haineux, surtout sur  Internet. Le fait intéressant est qu’elle a alors interpellé certains de ses «haters» avec l’aide de la plateforme d’actualités en ligne «Watson» pour les confronter à leur propre comportement dans la vie réelle. Même si on a pu constater dans certains cas que le seuil d’inhibition pour les commentaires désobligeants avait clairement augmenté, dans d’autres cas, les fronts s’étaient tellement figés que même une discussion en face à face n’avait que très difficilement pu faire bouger les choses. «On en est arrivés au stade où les gens croient que ce type de choses peuvent effectivement être dites ‹face to face› », dit Tamara Funicello sur  Watson. Ou, autrement dit: les gens reportent de plus en plus leur comportement sur le net dans la vie réelle. 

Pourtant, il existe de nombreux projets et des têtes  innovantes qui tentent de désamorcer cette tendance: des think tanks, des activistes ou même des organisations comme celles de l’ancienne politicienne Jolanda Spiess-Hegglin qui aident les victimes d’insultes ou  de diffamations sur le net légalement sanctionnables à faire valoir leurs droits. D’autres veulent contrer le phénomène en atténuant  la polarisation par une relance du discours. Les jeunes conseillers nationaux Franziska Ryser (Les Verts), Andri Silberschmidt (PLR) et Mike Egger (PS) ont fait parler d’eux en emménageant directement après les élections dans un appartement commun à Berne, pour encourager au moins durant les sessions parlementaires le débat interpartis, aussi en privé.

«Oui», «non» et rien entre deux?
C’est clair: la compréhension est souvent une question de respect; laisser parler l’autre, s’écouter mutuellement, poser des questions et exposer son opinion – sans quoi la discussion ne peut se faire. En démocratie, la culture de la discussion politique n’est pas seulement de bon ton, elle est tout simplement indispensable.

In der Schweiz weiss das kaum jemand besser als Tamara Funiciello. Die ehemalige Juso-Präsidentin wurde vor allem im Internet vielfach zur Zielscheibe der Wut. Bemerkenswert ist vor diesem Hintergrund, dass sie in Zusammenarbeit mit der Online-News- Plattform «Watson» ein paar ihrer «Hater» stellte, um sie mit ihrem eigenen Verhalten in der echten Welt zu konfrontieren. Auch wenn sich vereinzelt zeigte, dass die Hemmschwelle für beleidigende Kommentare durchaus stieg, so hatten sich bei anderen die Fronten bereits derart verhärtet, dass auch das Gespräch von Angesicht zu Angesicht nur mit Mühe und Not etwas daran ändern konnte. «Man ist so weit, dass man meint, man dürfe solche Dinge wirklich sagen. Face to face», sagt Funiciello auf «Watson». Oder, anders gesagt: Die Menschen übertragen ihr Verhalten aus dem Netz zusehends in die reale Welt.

La plupart des binômes de «La Suisse parle» semblaient d’accord sur ce point. «Nos valeurs et nos objectifs sont semblables. Nous empruntons simplement d’autres voies pour y arriver», constatait une participante dans le «Tages-Anzeiger». Une autre s’exprimait dans «Die Zeit»: «Lorsque l’on écoute les gens et que l’on comprend pourquoi ils pensent d’une certaine manière, la relation devient plus simple.»

«La Suisse parle» a été organisée par la Radio Télévision Suisse (RTS) ainsi que par Tamedia, Republik, WOZ, Watson et «Die Zeit». Elle s’est inspirée de l’action «Deutschland spricht», une initiative de «ZEIT ONLINE»: 12 000 personnes s’étaient inscrites en 2017 avant l’élection au Bundestag. Des actions similaires ont déjà été menées en Norvège, en Autriche et au Danemark.»


Jessica Schön | Texte

Une bonne action peut être utile

Une personne qui se déclare aujourd’hui disposée à effectuer un travail bénévole a généralement envie d’améliorer son niveau  d’expertise dans un domaine donné. Les organisations utilisent  souvent cet argument dans leur recherche de personnel auxiliaire.

Garder huit ans un même travail pour lequel on ne gagne rien? C’est la durée d’engagement moyenne des collaboratrices et collaborateurs de La Main Tendue. 600 «femmes et hommes soigneusement sélectionnés et bien formés» se tiennent en permanence au service de soutien psychologique par téléphone. La tâche  est tellement appréciée que l’organisation prestataire peut se permettre d’avoir une liste d’attente. 

Franco Baumgartner, l’ancien directeur de l’association, a lui aussi débuté comme conseiller. Ce qui  l’intéressait surtout, c’était la formation: «Je traversais moi-même une crise professionnelle. Je voulais  essayer de nouvelles choses – sans pour autant abandonner mon travail.» 

La société des possibles
L’anecdote que raconte Franco Baumgartner coïncide avec les constats des chercheurs par rapport à la tendance que suit aujourd’hui le bénévolat: «Nous vivons sans aucun doute dans une société multioptions»,  explique Stefan Güntert, chargé d’enseignement en  Organizational Behaviour à la HES de la Suisse du Nord-Ouest. «Le ‹marché du travail des bénévoles› est très demandeur – on peut choisir pour quelle cause  on veut s’engager.» Cette réalité confronte de plus en plus les organisations non gouvernementales, les œuvres de bienfaisance et autres instances tributaires du travail de bénévoles à d’importants défis. Selon  Stefan Güntert, la créativité dans le recrutement des bénévoles est toutefois énorme. 

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le service de soutien psychologique par téléphone La Main Tendue rencontre un aussi grand succès. La formation initiale séduit  par son grand professionnalisme. Les participants au cours apprennent ce qu’il faut savoir pour mener un entretien téléphonique. Formations continues, supervision et discussions avec des spécialistes viennent compléter l’expérience pratique engrangée.  

Prestation et contre-prestation
«La prise de conscience de devoir fournir une contrepartie est très grande, explique Stefan Güntert. En leur mettant l’outil entre les mains, les organisations offrent  aux bénévoles potentiels une opportunité intéressante.» Les organisations «caritatives» classiques sont spécialement mises sous pression par ces évolutions récentes au sein de la société. «Elles doivent  essayer de lier à l’activité elle-même des aspects présentant une utilité ou un intérêt particulier.» Franco Baumgartner confirme que les facteurs de motivation intrinsèques sont un élément important: «Je ne travaille pas en tant que bénévole simplement pour faire quelque chose de bien, mais parce que c’est exactement ce que je veux faire et que je trouve l’activité intéressante.»
Stefan Güntert explique que «les organisations ont par ailleurs de plus en plus tendance à proposer des engagements à court terme». Dans le meilleur des cas, les personnes s’engagent ensuite au-delà du projet parce que l’activité leur plaît ou qu’elles la trouvent particulièrement sensée. «De ce point de vue, cette approche s’inscrit tout à fait dans le sens de la durabilité.» 

Trouver des engagements sur Internet 
«En Suisse, il existe une espèce de bourse au job pour le travail bénévole, la plateforme ‹Benevol Jobs›», raconte Stefan Güntert. S’il est vrai que la plupart des bénévoles sont informés via le bouche-à-oreille, le mode de recrutement change selon le type de personne. «Ceux qui désirent activement changer les choses ne trouveront peut-être pas sur la plateforme le projet qui sera finalement le leur, mais pourront établir un premier contact avec l’une ou l’autre des organisations.» 


Jessica Schön | Texte

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Relève ASC

Une campagne vidéo #nosmembresontdutalent a été lancée en  décembre 2019 sur LinkedIn afin d’accroître la notoriété et augmenter le capital sympathie de l’ASC auprès des jeunes cadres  et dirigeants. Cette série comprend sept vidéos de membres juniors ASC actifs dans toute la Romandie.

Melanie Berthold, Angebotsentwicklerin SBB CFF FFS

Quel est ton parcours?
Je suis née dans le Jura, j’ai grandi dans le Jura et puis j’ai décidé de partir à l’Université de Saint-Gall pour faire un bachelor en économie d’entreprise  et un master en marketing stratégique. J’ai ensuite débuté ma carrière professionnelle aux CFF.

Ton job aujourd’hui?
Je suis la cheffe de projet au milieu des ingénieurs  et des spécialistes qui développent notre horaire.

Maîtriser le suisse-allemand, mission impossible? 
Ce n’est jamais impossible. Il faut y aller étape par étape. Peut-être qu’au début, il faut déjà comprendre le bon allemand, essayer de parler le bon allemand, ensuite essayer de comprendre un peu le suisse- allemand et finalement ça vient tout seul, au fil des rencontres avec des personnes qui se donnent de  la peine pour que ce soit plus facile.

Le röstigraben, mythe ou réalité au travail?
Il y a effectivement un röstigraben. Forcément que des personnes qui parlent une langue différente ont une culture différente, une façon de travailler qui  est un peu différente même si elle se rapproche fortement. A mon avis, un Suisse allemand a peut-être besoin, au début d’une tâche, de vraiment bien définir les règles du jeu, de définir les rôles, le cadre pour vraiment pallier toutes les éventualités et être prêt. Je pense qu’un Suisse romand est plus prêt à accueillir une petite partie d’inconnu, une petite partie de choses imprévues et qu’il est beaucoup plus à l’aise dans les choses informelles que ses collègues outre-Sarine.

Pourquoi as-tu rejoint l’ASC?
Je suis tombée dans l’ASC par hasard en faisant une présentation dans le cadre de mon travail et, une  fois que j’ai découvert l’association, j’ai eu envie d’y rester. Pour moi, c’est l’occasion de sortir un peu  de ma bulle des CFF et de rencontrer d’autres cadres qui connaissent d’autres structures et d’autres cultures. Et également parce que j’ai rencontré des personnes assez enrichissantes et fascinantes au cours de certains évènements ASC, notamment l’évènement sur l’égalité qui m’avait beaucoup marqueé et que j’ai trouvé très intéressant.


Retrouvez l’intégralité de l’interview sur la chaîne YouTube «SwissLeader – SKO ASC ASQ».
https://www.youtube.com/c/SkoCh_ASC_ASQ


Jasmin Ohnmacht, Cheffe de service & Responsable RH  Vaudoise Assurances

Ton job aujourd’hui?
Il est vraiment multicasquettes. D’une part, je suis responsable RH pour les agences en Suisse romande et au Tessin et, d’autre part, je m’occupe des activités liées au Corporate Development. Je suis également responsable de la mixité au sein de la Vaudoise.

Comment aider les collaborateurs à se sentir bien en entreprise?
A titre personnel, je pense que pour se sentir bien en entreprise, il faut accepter différentes  responsabilités, sortir de sa routine, de son confort.  Il est essentiel de bien écouter les besoins de nos collaborateurs et leurs souhaits d’évolution.  Aujourd’hui, ils ont envie d’avoir un meilleur équilibre vie professionnelle – vie privée mais également d’avoir des responsabilités. Je pense que c’est important qu’en tant qu’entreprise, on leur donne de la reconnaissance, de l’autonomie et de les responsabiliser dans leurs activités professionnelles.

La formation est-elle adaptée au monde  professionnel?
Je pense qu’en Suisse, les formations sont adaptées parce que tous les types de formations sont possibles: formations duales, formations de type universitaire, transitions et passerelles, si l’on souhaite faire autre chose. A mon avis, les formations doivent également évoluer un peu par rapport au système professionnel, notamment être plus axées sur la pratique et moins sur la théorie, comme c’est encore le cas aujourd’hui dans les universités.

Les jeunes veulent-ils encore manager? 
Je pense que les jeunes aujourd’hui voient le management peut-être de manière différente, en ayant plutôt un travail de partenariat plutôt que hiérarchique directement. A mon sens, ils ont envie de s’investir, d’avoir des responsabilité, pour autant qu’on soit en mesure de leur permettre un certain équilibre, qu’ils puissent continuer leurs hobbies, etc. Par contre, il faut pouvoir respecter cet équilibre qui est attendu aujourd’hui.

Pourquoi as-tu rejoint l’ASC?
J’ai rejoint l’ASC parce que d’une part, je trouve que les conférences sont super intéressantes, les sujets traités sont vraiment des thèmes actuels qui nous concernent tous. Et d’autre part, ça me permet de connaître des personnes de différents horizons et de pouvoir ainsi élargir mon réseau privé et professionnel.


Retrouvez l’intégralité de l’interview sur la chaîne YouTube «SwissLeader – SKO ASC ASQ». www.youtube.com/c/SkoCh_ASC_ASQ

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Le fondement du bénévolat doit se renouveler

Le système de milice passe pour le fondement du modèle économique et sociétal performant de la Suisse. Mais il est en pleine crise.  Comment le renforcer? 

«Je pense que le système de milice est parfait pour notre pays; mais il faut des gens disposés à s’investir», affirme Ilias Läber. Et c’est ce qu’il fait: s’investir en tant que syndic d’Oberwil-Lieli, une commune argovienne de 2500 habitants. Cette fonction au sein d’une municipalité de cinq membres lui prend entre huit  et dix heures par semaine. Il reçoit en contrepartie un forfait de 24 000 francs par an. 

Mais Ilias Läber n’est pas tributaire de ce montant, car il gagne bien sa vie en tant qu’expert financier, stratège en investissements et membre du conseil d’administration. Alors pourquoi exerce-t-il cette fonction modestement rétribuée de syndic en plus de son engagement professionnel conséquent? «J’aime prendre des responsabilités et j’ai du plaisir à exercer cette activité utile et intéressante», répond-il. 

La plupart des quelque 2200 communes de Suisse  fonctionnent grâce à des personnes telles que lui, prêtes à s’investir pour la collectivité. Le principe de milice passe pour l’un des quatre piliers du système politique en Suisse, avec la démocratie directe, le fédéralisme et la concordance.

100 000 bénévoles dans les communes
Ce principe de milice s’applique aussi bien aux conseillers nationaux et d’État qu’aux assemblées communales et cantonales. Et en effet, au niveau communal, la plupart des tâches administratives – exécutif, écoles, social, commissions, bureau électoral, etc. – sont effectuées par des instances bénévoles. Quelque 100 000 personnes sont actuellement actives dans ce cadre. Même les corps de pompiers locaux et l’armée – conformément à l’article 58 de la Constitution fédérale – misent sur ce principe de milice. 

L’idée du civiliste qui s’engage dans les services  d’intervention est déjà ancienne. Elle repose sur les  réflexions d’unité entre citoyens et soldats développées dans les cités-États grecques antiques. La désignation utilisée spécifiquement en Suisse de «système de milice», ne s’est par contre développée qu’à l’époque de l’Ancien Régime. Le nouveau droit pour tous à la participation démocratique au sein de la collectivité publique allait de pair avec la mission de les protéger. Par ailleurs, l’entraide citoyenne était proclamée comme une valeur républicaine, pour mettre sur pied une identité nationale et une république organisée en communes. 

L’engagement bénévole est pour ainsi dire le terreau fertile sur lequel repose le travail politique de milice. Près de trois millions de personnes s’investissent, d’après les chiffres publiés par benevol Suisse, l’organi sation faîtière des services de bénévolat, de leur propre chef pour le bien de la communauté et concrètement dans des organisations culturelles ou ecclésiastique ou en faveur de projets divers. Ensemble, elles fournissent plus de 700 millions d’heures de travail bénévole dont le valeur se chiffre à 35 milliards de francs. Soit plus de 5% du produit intérieur brut de la Suisse.

Le «modèle à succès» et la milice 
Près de deux cents ans ont passé depuis la naissance du système de milice. Pendant ce temps, la Suisse a évolué, d’une nation arriérée de bergers et de paysans à un État providence riche et progressiste. Le système de milice est à ce jour encore idéalisé comme l’un d’un principaux piliers du modèle à succès que constitue la Suisse. «Les nombreux inconvénients qu’a la Suisse en tant que petit pays, le système de milice en fait des avantages», a écrit récemment Markus Hongler, CEO de la Mobilière dans un article publié dans la «NZZ.»

Des valeurs particulières ont émergé de cette mentalité de milice. Par exemple, il n’existe pas en Suisse de caste politique détachée du peuple. Les connaissances professionnelles des politiciens profanes sont automatiquement intégrées dans leur travail de milice et favorisent ainsi une politique factuelle, pragmatique  et basée sur les solutions. De plus, les tâches publiques s’effectuent à moindre coût dans ce système reposant sur le bénévolat. Et lorsqu’il n’y a pas suffisamment de personnes prêtes à effectuer ce travail de milice, ce sont les pouvoirs publics qui doivent s’en charger et la quote-part de l’État augmente. Christoph Niederberger, directeur de l’Association des communes suisses (ACS), le résume en ces termes: «Le système de milice active dans l’esprit des gens la notion de responsabilité envers le bien public, il allège la structure étatique et encourage la proximité avec les citoyens.»

„Les nombreux  inconvénients qu’a la Suisse en tant que  petit pays, le système  de milice en fait  des avantages.“

Markus Hongler, CEO la Mobilière

Presque toutes les institutions qui reposent sur le système de milice se plaignent cependant d’un recul du nombre de leurs membres, ou elles s’en sont déjà peu à peu distancées, comme le Conseil national et le Conseil des Etats. Selon Flavia Wasserfallen, conseillère nationale PS bernoise: «Soyons honnêtes, le système de milice est, du moins sur le plan national,  un mythe. Pour travailler sérieusement au Parlement, il faut compter un taux d’activité de 70% au minimum. Travailler encore à 80% ou plus à côté? Impossible!» 

Et cette réalité est prise en compte depuis longtemps, puisque les parlementaires peuvent désormais assurer une bonne partie de leur subsistance avec les jetons  de présence et les frais remboursés. 

Une politique semi-professionnelle 
L’Assemblée fédérale est devenue au bas mot un parlement semi-professionnel. Un mandat de conseiller  paraît attrayant, comme le prouve le nombre record de 4652 candidats au Conseil national à l’automne 2019. Contrairement aux autres secteurs faisant appel au système de milice, le Parlement n’a pas de problèmes de relève. 

Deux tiers des communes, en revanche, ont selon des études pertinentes beaucoup de peine à trouver des personnes adéquates pour pourvoir aux postes de milice vacants. Les «simulacres d’élections», pour lesquelles il y a exactement le même nombre de candidats que de sièges à pourvoir, se multiplient. Ce manque de candidats incite les communes à professionnaliser ces fonctions. Désormais, près de 70% des membres d’exécutifs communaux sont rémunérés au moins à hauteur de 10 000 francs par an pour leur fonction. Un travail purement bénévole ne se fait généralement qu’au niveau du législatif et des commissions. 

Avec la professionnalisation, le système de milice n’est toutefois pas renforcé, mais au contraire aboli de facto. «Au final, on prive ce faisant la démocratie locale de son âme de profane», avertit le professeur de politologie Markus Freitag (voir aussi entretien des pages 10 et suivantes). Les communes de plus petite taille comme par exemple Simplon (VS) ont déjà réglé le problème  de la manière la plus simple: en forçant les citoyens et citoyennes à siéger. D’après la loi, sept cantons (LU, UR, NW, AI, SO, ZH, VS) et certaines communes bernoises pratiquent l’obligation de fonction: quiconque est élu doit accepter sa fonction, même si il ou elle n’a pas fait acte de candidature. 

L’économie est mise à l’épreuve
Il est évident que l’économie helvétique profite aussi d’un écosystème qui ne peut fonctionner que tant que le système de milice fonctionne. Mais la mondialisation a ses répercussions: les cadres des entreprises internationales se montrent de plus en plus sceptiques face au système de milice, parce qu’ils ne le connaissent pas vraiment. La moitié des entreprises accueillent froidement la volonté de leurs collaborateurs de s’engager dans des fonctions bénévoles, comme l’a montré une vaste étude sur le travail de milice en Suisse. Seules 15% des grandes sociétés soutiennent un tel engagement en accordant des congés rémunérés. 29% tout de même permettent à leurs employés actifs bénévolement en politique d’organiser plus librement leur temps de travail. 

Beaucoup de grandes entreprises se prévalent de leur obole annuelle aux partis, invoquant qu’elle permet aussi de soutenir le travail de milice. Mais cela est bien entendu loin d’être suffisant. «Nous devons aider à  modeler ce système de milice et nous engager directement pour le moderniser», prévient Markus Hongler, CEO de la Mobilière. L’économie aurait les moyens d’offrir aux employés des conditions-cadres généreuses afin qu’ils puissent concilier au mieux leurs activités professionnelles et politiques.

De la part de la Mobilière en tout cas, ce ne sont pas des paroles en l’air, puisque le groupe d’assurances compte plus de 100 collaboratrices et collaborateurs qui exercent une fonction officielle. A l’exemple du conseiller national appenzellois fraîchement élu  Thomas Rechsteiner qui, en tant qu’agent général, a pris dans son agence diverses mesures organisationnelles et personnelles pour remplir le mandat politique qui lui a été confié. 

„La fonction de milice  génère un cercle vertueux dans lequel les deux parties profitent l’une  de l’autre.“

Manuela Jost, conseillère municipale Beromünster

La Mobilière met à disposition de ses employés exerçant un mandat politique du temps libre et une infrastructure – sans considération du parti politique. «Ces employés sont des faiseurs de pont entre la politique, l’économie et la société. Et ils apportent une  valeur ajoutée à notre entreprise», souligne Belinda Walther, responsable Public Affairs. C’est ce que ressent aussi Manuela Jost qui gère depuis septembre 2018  le dicastère de la formation à la municipalité de Beromünster. «Officiellement, le mandat est considéré comme un 35%, mais le temps effectif consacré est plutôt de l’ordre de 40 à 50%», explique-t-elle. Et pourtant, cette mère d’enfants en âge scolaire réussit à concilier le tout – famille, profession et municipalité –, grâce au soutien de son époux et de son employeur.  Elle a pu réduire après son élection son temps de travail à la Mobilière de 50% à 30%, avec des horaires flexibles. Dans le cadre de sa mission politique, sa formation  de cadre, qu’elle a pu suivre en tant que responsable  de l’administration des ventes, se révèle précieuse. 

Convaincue que le nouvel angle de vision et l’expérience que lui apporte la politique pourront bénéficier en retour à la Mobilière, Manuela Jost parle d’une situation de win-win: «La fonction de milice génère un cercle vertueux dans lequel les deux parties profitent l’une de l’autre.» 

Des efforts multiples de réforme 
Même si l’exemple de la Mobilière devrait pouvoir  être suivi par beaucoup d’autres, une question se pose: comment réformer le système de milice pour qu’il reste attrayant et pérenne? 

Une simple cosmétique des mots qui consiste à ne plus parler de système de milice mais d’«engagement citoyen» ne fait pas avancer les choses. Markus Freitag propose cinq champs d’action qu’il faudrait envisager dans le cadre d’une réforme: obligation, incitation,  organisation, information, formation. Ce qui suggère aussi qu’il n’existe pas de formule simple pour donner un nouveau souffle au système de milice. La solution viendra plutôt d’un paquet de mesures. En font partie le recrutement d’agents publics potentiels, un agencement des fonctions qui tienne compte des impératifs professionnels et familiaux et la réorganisation des communes et des autorités.

Curdin Derungs, professeur de gestion de l’administration à la HES des Grisons, plaide en outre pour un changement des mentalités en faveur d’une revalorisation du travail de milice. «Les critiques permanentes de la population, provenant parfois des tranchées anonymes des médias sociaux, on hésiter nombre de  personnes à s’engager dans une fonction politique.»

„Les critiques permanentes de la population, provenant parfois  
des tranchées anonymes  des médias sociaux, on  hésiter nombre de personnes à s’engager dans une fonction politique.“

Professeur Curdin Derungs

Une positionclé incombe pour les réformes aux communes, mais «au final, nous sommes tous mis à contribution, que ce soit la société civile, l’économie ou l’Etat», affirme Christoph Niederberger. Il est réjouissant  de voir que les discussions entre l’Association des communes suisses (ACS) et la Fédération Suisse des Parlements de Jeunes (FSPJ), qui ont mené à la déclaration de 2019 comme «Année du travail de milice», se poursuivent en 2020. Et elles se concrétisent par exemple dans le projet de promotion «engagement local». Quinze organisations d’envergure offrent dans ce cadre un financement de départ pour divers projets et stratégies innovants pour encourager l’engagement bénévole local. La plateforme «staatslabor», lancée il y a trois ans dans le but de renforcer par le biais de projets pilote, d’événements et d’études de cas l’engagement des citoyens dans des missions publiques, va dans le même sens. 

L’ASC se joint à ces efforts. En particulier, elle prévoit en joint-venture avec l’ACS une certification des conseillers municipaux et plus exactement des compétences dirigeantes acquises au cours des fonctions de milice. L’initiative de l’association romande ServiceCitoyen. ch pour introduire une obligation de servir (de milice) s’intéresse aussi à cette question. Elle préconise que chacune et chacun puisse cependant choisir si son engagement se fait au sein des pompiers, d’une association, du conseil communal ou dans le cadre d’un service militaire ou civil. Les chances que les deux jumeaux que sont le «système de milice» et le «modèle de réussite suisse» se rapprochent à nouveau restent intactes. Mais il y a toutefois une ombre au tableau: «Presque toutes les mesures de réforme égratignent l’ancien idéal que représente le système de milice», fait remarquer Markus Freitag.»


Pirmin Schilliger | Texte

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Alain Kappeler

L’idée de génie  |
Quand SOS Villages d’Enfants fut créée il y a 70 ans, l’idée que les enfants en situation de détresse doivent grandir dans une famille était révolutionnaire. Depuis, c’est exactement ce que nous avons pu apporter à quatre millions d’enfants et d’adolescents dans le monde à travers nos villages d’enfants et nos programmes de renforcement du noyau familial.

La conviction |
Nous mettons l’accent sur le développement à long terme de chaque enfant – encadrement, santé et formation compris –afin qu’ils soient en mesure, à l’âge adulte, de relever les défis qui les attendent de manière autonome.

L’objectif |
Nous sommes soutenus dans notre travail par des entreprises, des fondations et des particuliers. Notre objectif est d’utiliser chaque franc reçu de manière durable et ciblée, afin d’offrir aux enfants dans le monde un avenir autodéterminé.

Perspective d’avenir |
La numérisation recèle aussi des opportunités et des risques pour les oeuvres caritatives. Les nouvelles technologies nous permettent de travailler de manière plus efficace et transparente. Parallèlement, nous misons toujours sur le contact personnel, lorsqu’il s’agit de fidéliser nos donateurs et partenaires sur le long terme.

|  Le travail sur les projets
Nous mettons sur pied des programmes de développement complets, afin de créer sur place des structures qui aident à briser le cercle vicieux de la pauvreté et de la misère. Dans ce contexte, nous impliquons les bénéficiaires de notre aide et favorisons la création de places de travail dans les régions concernées.


SOS Villages d’enfants Suisse
Dans plus de 130 pays, SOS Villages d’Enfants offre un foyer à des enfants en situation de détresse et favorise leur développement sur le long terme. La fondation SOS Villages d’enfants Suisse, sise à Berne, a été fondée en 1964 et génère actuellement quelque 20 millions de francs de recettes de dons par an pour 18 postes à plein temps. Cette organisation caritative en faveur des enfants est privée et neutre sur le plan confessionnel et politique; elle finance ses propres programmes dans des pays en développement.

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«Le football préserve et transmet des valeurs»

Dans la vie de l’architecte Marco Baroni, tout ou presque tourne autour du football. Ce membre  du Comité ASC s’engage professionnellement et dans son temps libre en faveur du sport, dont il estime qu’il joue un important rôle social. 

Qu’est-ce qui te distingue des autres? 
En dépit de ma nature plutôt calme, pensive et patiente, j’aime rester créatif, toujours dans le but d’exploiter  au mieux les possibilités qui s’offrent à moi. Au fil du temps, beaucoup d’opportunités se sont présentées  à moi que j’ai abordées comme des défis à relever. 

Pour quelles causes t’engages-tu à titre bénévole? 
Depuis toujours, pour le football amateur. Il prend de plus en plus d’importance et offre à des générations entières de jeunes, grâce au travail de très nombreux bénévoles enthousiastes, une activité de loisir judicieuse qui leur permet d’évoluer et de grandir. 

Quelle est ta motivation dans la vie?
J’ai pris le parti de m’engager spécifiquement dans  la construction d’installations sportives, car le sport m’accompagne depuis toujours. Né dans le canton de St-Gall, j’y ai également grandi, avant de m’installer – après un court séjour académique à l’étranger – au Tessin où j’ai terminé mes études d’architecte. La passion du football m’a toujours accompagné et j’ai finalement trouvé une possibilité d’associer le sport à mon travail: aujourd’hui, je m’occupe principalement  d’installations sportives.

Comment et sur quels sujets cette activité  t’a-t-elle influencé?Même si nous vivons une époque marquée par le stress et l’individualisme, je vois dans le sport une force qui aide à préserver et transmettre les valeurs existantes.  J’ai moi-même grandi grâce aux expériences que j’ai faites sur le terrain en tant qu’entraîneur.

Qu’est-ce qui te fait avancer dans la vie?
Je suis une personne curieuse qui se sent surtout attirée par tout ce qui me permet de découvrir de nouvelles techniques, d’autres réalités ou la perspective de  nouveaux objectifs. J’aime rencontrer de nouvelles personnes et m’enrichir en discutant avec elles.  J’aime bien sûr aussi me retrouver en famille.

Que peux-tu faire pour aider les autres?
En tant que personne altruiste et faisant preuve d’empathie, j’aime voir les gens heureux. Sur le plan professionnel et sportif, changer de perspective m’aide à aborder les choses de manière positive et à trouver  les bonnes solutions

Quel est ton plus grand espoir pour l’avenir? 
En premier lieu, je mettrais bien sûr ma santé et celle de mes proches; en tant que membre du Comité central de l’ASC, j’aimerais pouvoir faire valoir mes idées pour le renforcement des postes dirigeants dans les petites et moyennes entreprises. Dans mon rôle de président de la Commission des terrains de jeu de l’ASF, je souhaite poursuivre le travail de mon prédécesseur en y apportant une touche innovante et en mettant mon enthousiasme et mon expérience au service de la jeunesse et du football amateur. 

Quel rôle joue le bénévolat dans ce type d’activité? 
Pour pouvoir aider la société, nous devons faire en sorte que le bénévolat ne soit pas un luxe, mais qu’il soit  plutôt perçu par tous comme l’occasion d’ouvrir de nouvelles perspectives, et ce même pour les personnes qui ne disposent pas de ressources temporelles et  matérielles infinies. »


Marco Maria Baroni | Architecte
Possède depuis 20 ans son propre bureau d’architecture. Au printemps 2019, Marco Maria Baroni a été élu pour la région italophone à la direction stratégique de l’Association suisse des cadres (ASC) et nommé, la même année, président de la Commission des terrains de jeu de l’Association suisse de football (ASF).


Envie de devenir ambassadeur/-drice ASC? Détails sur: cadres.ch/ambassadeur-asc/

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Rebattre et redistribuer les cartes

«Renforcer la liberté et la démocratie dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde …»: c’est la mission et l’objectif de notre société tels que décrits dans le préambule de la Constitution fédérale de 1999. Mais que signifie  la démocratie si, dans nos grandes villes, jusqu’à 50% des personnes âgées de 25 à 50 ans sont privées du droit de vote et d’élection?

Et que signifie la solidarité, si le forfait pour l’entretien est réduit dans l’assistance sociale et que les requérants d’asile déboutés ne reçoivent plus que l’aide d’urgence? Le préambule de la Constitution stipule aussi que «la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres».

Lors de la dernière campagne électorale pour l’élection parlementaire, les réels défis sociétaux ont été savamment contournés. Ni les coûts de la santé ou  le financement des rentes, ni la cohabitation de nos diverses cultures ou l’effet de la numérisation sur le monde du travail n’ont été abordés, même si personne ne peut dire comment nous pourrons ou voudrons faire face à ces défis dans 10, 20 ou 30 ans.

Les familles au sens restreint sont aujourd’hui totalement débordées dans l’encadrement de leurs proches. En ce qui concerne les soins aux personnes vulnérables, l’État se heurte de plus en plus à des limites en termes de légitimité et de moyens financiers. Le «corporate citizenship» de bien des entreprises se limite à la création d’emplois et au paiement des impôts. Et les bénévoles à l’intérieur et à l’extérieur des associations ou des ONG ne veulent être ni des bouche-trous pour manœuvres de réduction d’effectifs étatiques ni  un substitut pour du personnel payé: le ciment social s’effrite de toutes parts.

Le «contrat social» rédigé par Jean-Jacques Rousseau en 1762 réglait les devoirs sociétaux de l’État et des individus. À cette époque, la co-responsabilité des entreprises, des NPO et des ONG sur la question du bien commun n’était pas encore évoquée. C’est pourquoi il serait grand temps en l’an 2020, et même «essentiel, primordial et urgent «de réfléchir à une redistribution solidaire des ressources et discuter des tâches, responsabilités et compétences de tous les acteurs de la société. Qui doit le faire et comment? Albert Einstein a écrit: «On ne peut résoudre un problème en appliquant le mode de pensée qui l’a  généré.». C’est pourquoi il faut ouvrir, entre les bulles fermées de personnes ayant les mêmes intérêts et les arènes polarisées, de nouveaux espaces semi-publics dans lesquels l’État, l’économie, la société civile et les individus peuvent développer ensemble, de manière ouverte et égalitaire, des solutions innovantes et durables pour relever les grands défis sociétaux auxquels nous sommes confrontés et, par la même occasion, rebattre et redistribuer les cartes des tâches sociales. »


Lukas Niederberger | Texte
Directeur de la Société suisse d’utilité publique (SUP)

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«Le facilitateur du vivre ensemble»

Le professeur de politique bernois Markus Freitag est probablement le plus fin connaisseur du système de milice suisse. Et il en est convaincu: pour assurer sa viabilité et sa pérennité, le système doit être réformé en profondeur.

Le système de milice est considéré comme  l’un des piliers du modèle politique performant  de la Suisse. Quelle est aujourd’hui son importance du point de vue politique?
Markus Freitag: Le système de milice représente un fondement de la démocratie suisse, dans le sens où  il lie étroitement politique et société. Les citoyennes  et citoyens ordinaires fonctionnent accessoirement comme des politiciens, évitent le découplage entre ces deux sphères et suppriment de manière efficace les obstacles menant à un éloignement réciproque. En tant que principe organisationnel, le système de milice crée une identité entre les gouvernants et les gouvernés.  Ce qui constitue un terreau propice à la confiance et à  la stabilité politiques. Dans son ensemble, le système de milice représente un capital politique dont il ne  faut pas sous-estimer la valeur.

Qu’est-ce qui fonctionne mieux qu’ailleurs  en Suisse grâce au système de milice?
La confiance des citoyennes et citoyens dans les institutions est bien plus grande en Suisse que dans d’autres pays. La politique et ses représentants y sont ressentis comme moins déconnectés de la réalité.

„La  politique et ses  représentants sont ressentis comme moins déconnectés de la réalité  dans le système de milice.“

Que signifie concrètement le système de milice pour l’économie?
La stabilité politique que procure le système de milice crée un climat favorable aux investissements. De plus, l’économie ne peut gagner que lorsque les milieux économiques intègrent le monde politique, font entendre leur voix et participent aux décisions. La politique elle- même profite aussi du savoir-faire des représentants de l’économie et ainsi, dans l’idéal, les deux sous-systèmes cohabitent de manière harmonieuse. 

Mais on sait bien que cette harmonie est contestée. Et il est alors question de magouilles, de tromperie et de corruption. Est-ce là l’illustration d’une faiblesse du système de milice?
Il est important, dans les affaires dans lesquelles des intérêts privés sont en jeu, que les personnes impliquées se retirent, afin que les membres restants de l’instance en question puissent continuer à décider en toute indépendance. Mais même les politiciens professionnels ne sont pas toujours à l’abri de l’influence d’intérêts tiers. Je pense que les deux principes organisationnels présentent des avantages et des inconvénients en matière d’influence ou d’indépendance économique. 

Quel est l’impact du système de milice  sur la vie en société? 
Le fait que des personnes sont disposées à agir pour  le bien de la communauté entraîne des effets positifs. Lorsque les gens sont solidaires et s’aident les uns les autres, la collectivité se porte mieux. Et ainsi, en plus  de la confiance dans les institutions, la confiance mutuelle s’accroît elle aussi. Et l’ensemble agit comme un lubrifiant dans les rouages de la vie en collectivité.  Sur le plan économique, les frais de transaction s’en trouvent réduits. 

Le système de milice est aujourd’hui clairement sous pression. Et le fait que les conseillers  nationaux et les conseillers aux Etats doivent  être des bénévoles est désormais un mythe.  Ne serait-il pas préférable de clarifier la situation? 
En réalité, plus l’échelon politique est élevé, moins on trouve de politiciens et politiciennes de milice. C’est  le cas au Conseil national, au Conseil des Etats, et bien entendu au Conseil fédéral. D’un autre côté, on compte plus de 100 000 personnes dans les communes qui continuent à exercer leur activité politique de manière bénévole. Même si les communes ont de plus en plus de peine à trouver du personnel pour leur administration et leurs commissions. Il convient de réfléchir à la direction que l’on souhaite emprunter à  l’avenir, surtout à l’échelle communale.

Que proposez-vous? Le système de milice  peut-il être réformé sans être anéanti par cette même réforme, par exemple par des incitations  financières qui vont finalement dans le sens  d’une professionnalisation?
En effet, lors de chaque réforme, nous évoluons dans une fourchette délicate entre bénévolat et professionnalisation. Il faut néanmoins souligner qu’il ne peut  y avoir une réforme unique qui soit prometteuse pour toutes les communes de tous les cantons. En réalité, chaque mesure doit être adaptée aux besoins spécifiques des différentes communes. Bien entendu, la  réforme devrait aussi engendrer des efforts au niveau national avec un rayonnement à long terme. On peut penser par exemple à des investissements d’une certaine ampleur dans la formation politique. Ce ne serait certes pas le moyen de susciter du jour au lendemain des vocations de politiciens de milice, mais une certaine sensibilisation des jeunes au système politique helvétique et à ses fonctions pourrait produire  beaucoup d’effet à moyen terme.

Cette sensibilisation devrait donc avoir  lieu déjà dans les écoles?
Le Canton d’Argovie est le seul canton alémanique qui propose la matière «formation politique» au niveau  secondaire. De mon point de vue, on voit là une faille sensible dans les systèmes de formation cantonaux. A l’échelle communale, le problème décisif est la perte d’importance des partis locaux. Ils étaient autrefois les véritables agents mobilisateurs qui veillaient à assurer la relève et le personnel nécessaire. Avec l’affaiblissement des partis locaux, ce potentiel de recrutement a lui aussi disparu. Il faudrait réfléchir à un concept de collaboration avec les associations locales pour trouver du personnel administratif. Par ailleurs, chaque commune peut envisager d’augmenter les rétributions pour convaincre des personnes moins intrinsèquement motivées. Il existe aussi diverses idées pour modifier le modèle de gestion d’une administration communale, afin de diminuer la charge de travail des conseillères et conseillers municipaux et  de transférer davantage de responsabilité à l’administration communale.

Tout cela va en direction d’une professionnalisation… 
L’évolution vers un monde politique professionnalisé se fait en premier lieu par l’introduction de rémunérations fixes dans la politique communale. Il y a 15 ans, par exemple, seuls 6% environ des membres des municipalités occupaient un poste fixe.  Aujourd’hui, plus de 30% sont engagés et rémunérés en fixe. A l’inverse, 70% des conseillers municipaux occupent encore leur fonction de manière largement bénévole.

Une autre proposition de réforme est l’introduction d’un service citoyen – il est question de 200 jours. Ce «compte de milice» est-il une dernière tentative désespérée de sauver encore le système?
La dernière tentative désespérée serait vraisemblablement encore plus stricte et se traduirait par une obligation de servir. L’initiative d’un service citoyen ne prévoit toutefois pas d’imposer le lieu de l’engagement et laisse les citoyennes et citoyens choisir librement où ils désirent effectuer cette contribution, soit au service militaire, au sein de la commune ou dans une association. Mais l’idée de base part du principe que chacune et chacun – et pas seulement les Suissesses et les Suisses – doit fournir un service à la communauté. L’Association suisse pour la promotion de l’engagement de milice tente justement de lancer une initiative populaire dans ce sens. Mais les questions de mise en pratique et de surveillance de l’ensemble restent encore controversées. 

L’économie aurait en principe la possibilité de faire plus pour le système de milice qu’elle ne le fait aujourd’hui. Qu’attendez-vous concrètement de l’économie?
Certaines entreprises font déjà beaucoup. Sur le site Internet de l’Association des communes suisses, on trouve une liste d’entreprises qui encouragent activement le système de milice. En rendant ce système plus populaire, on pourrait aussi générer un échange d’expériences au sein de l’économie. Il est évident qu’une réforme fondamentale du système de milice ne peut se faire sans impliquer l’économie, car de nombreux employés ont besoin de soutien ou éventuellement d’être libérés de leur activité pour l’exercice de leur fonction politique. 

„Il serait logique de  récompenser le travail  
de milice effectué au sein  de la municipalité par  
un certificat reconnu par le monde économique.“

Le travail de milice effectué ne constitue cependant pas une perte de temps. Les membres d’une municipalité acquièrent de par leur fonction bénévole des compétences telles que l’expérience du leadership, la gestion de l’organisation ou des conflits et, par là-même, des qualifications importantes pour le monde du travail qu’ils devraient sinon acquérir dans le cadre de formations continues onéreuses. Il serait donc logique de  récompenser le travail de milice effectué au sein de la municipalité par un certificat reconnu dans le monde économique. 

Ce qui signifie qu’une grande partie du  travail de milice politique consiste en des  tâches de management?
Cela dépend évidemment des modalités de la fonction et concerne en premier lieu les membres de la municipalité. Dans les innombrables commissions, tout  le monde n’a pas – et de loin – une mission dirigeante. Mais il s’agit aussi d’aspects tels que la gestion des conflits, la gestion de la diversité et des compétences qui peuvent aussi se révéler utiles en entreprise.

Qui doit prendre le lead dans cette réforme  du système de milice? 
La Suisse étant un pays décentralisé, il est extrêmement difficile d’attribuer à quelqu’un un rôle dirigeant, car les problèmes ne sont pas les mêmes dans chacune des 2112 communes de Suisse. L’Association des communes suisses a tenté en 2019 de sensibiliser l’opinion publique sur la question en instaurant une «Année  du travail de milice». L’initiative populaire évoquée précédemment pourrait aussi œuvrer dans ce sens. 

Imaginez qu’il y ait effectivement votation sur la question d’un service citoyen. Cela lancerait certainement un débat intensif sur le travail de milice. On pourrait aussi envisager une table ronde avec divers représentants des cantons, de l’économie et pourquoi pas de la Confédération, constituée sous le patronage de l’Association des communes suisses ou de l’Union des villes suisses. De nos jours, les gens réfléchissent scrupuleusement avant de s’engager pour une cause.

Au vu des tendances actuelles (par exemple  l’épanouissement individuel), le système de milice est-il un modèle appelé à disparaître définitivement dans 30 ans?
Je ne crois pas que le recul de l’activité de milice s’explique par le fait que les gens sont globalement moins solidaires. Je crois toutefois qu’ils réfléchissent sérieusement à qui ou à quelle cause cette solidarité doit être destinée. Les gens sont par exemple sensibles au fait  de devoir s’engager régulièrement et sur le long terme. Peu importe si l’activité en question concerne une association ou un organe administratif. Dans ce dernier cas, la nature publique de l’activité en dissuade plus d’un. Je suppose par conséquent que le système actuel de milice aura effectivement changé de visage dans  30 ans. A l’échelle locale, nous nous dirigeons vers une professionnalisation de la politique et un système de milice hybride. Il est probable que, dans bien des administrations, le principe organisationnel voudra que  les politiciens de milice n’exercent plus qu’au sein des commissions et des organes législatifs. L’exécutif, en revanche, sera de plus en plus professionnalisé. »


Le chercheur en matière de milice
Depuis 2011, Markus Freitag est directeur et professeur titulaire à l’Institut de sciences politiques de l’Université de Berne. Il est l’auteur de nombreux écrits sur la cohabitation politique et sociale en Suisse. Ses publications  les plus récentes sont «Le capital social de la Suisse» (NZZ Libro, Zurich 2014), «L’Observatoire du bénévolat en Suisse» (Seismo, Zurich 2016), «La psyché du politique» (NZZ Libro, Zurich 2017) et «Le travail de milice en Suisse» (NZZ Libro, Zurich 2019, coauteurs: Pirmin Bundi, Martina Flick Witzig). Markus Freitag est marié, père de deux enfants et vit avec sa famille à Zurich.